Rien ?

Rien ? – Création jeune public 2022

La compagnie Monsieur K s’amuse à brouiller les pistes entre danse et théâtre pour nous parler de cette étrange émotion : l’ennui.

Teintée d’humour et de poésie, la pièce nous surprend par son audace et son originalité. On ne s’y ennuie pas un seul instant ; les deux interprètes se jouent de ce sentiment tambour battant. Disponibles à la surprise, tous les sens en éveil, l’ennui devient grandiose et burlesque.

Ne rien faire mais le mieux possible : Assister au Grand Concours International de Rien, flâner en accéléré, tenter de s’ennuyer lors d’une course effrénée.

La pièce interroge notre rapport au temps, un temps pour rien, rien que pour soi, sans utilité apparente. Un rien nécessaire pour développer son imaginaire. Un spectacle doucement subversif, mis en scène par Patrice Thibaud, Maestro dans l’art subtil et délicat de la comédie.

Note d’intention

Comme le vide, l’ennui est angoissant. Nous le fuyons mais pourrait-on lui prêter des effets positifs ? Et si c’est dans l’enfance que l’on s’ennuie le plus, c’est aussi là que l’imaginaire est le plus fécond. J’avais envie de chercher dans cette direction et supposer qu’il est une grande source de motivation. C’est parce que je me suis beaucoup confronté à cette émotion lorsque j’étais enfant que je peux la considérer comme une chance. L’ennui m’a permis de développer un imaginaire, une façon de d’appréhender le monde que je chéris toujours aujourd’hui. Mais l’ennui existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas simplement le fait de laisser le temps au temps de s’étendre amplement.

A rebours de la frénésie contemporaine, l’ennui devient une source d’interrogation sur le monde, il nous permet de prendre du recul sur nous-même et de retrouver le mouvement essentiel qui n’est pas celui de la vitesse, de l’agitation ou de l’utilité mais plutôt celui de repos, du suspend et du jeu. Il nous enseigne à être riche avec rien.

Le mécanisme qui se met en place dès qu’un enfant s’ennuie est fascinant. Passé la pénible sensation de torpeur, le « rien » laisse la place à l’exploration. L’enfant tâtonne et trouve en lui de quoi s’occuper, construire, inventer, rêver. Il est résolu à ne plus attendre mais à devenir acteur.

Il y a là un parallèle avec mon propre métier. Pour inventer des histoires qui deviendront des spectacles, le processus est toujours le même : s’extraire du monde, ralentir pour enfin revenir dans l’action. Je voulais rendre compte de ce temps occupé à rien, oú il n’y a pas d’activité rentable mais ou finalement, il y a tout…l’essentiel.

Photos : Emile Zeizig

Photos : Yannick Perrin